De décharge publique à espaces communautaires : la métamorphose de deux quartiers de Nairobi racontée par Denis et Gibson
À Kayole Soweto et Kahawa Soweto, deux des quartiers informels les plus densément peuplés de Nairobi, des espaces publics abandonnés se sont transformés en lieux communautaires vivants grâce à la Pépinière urbaine (UFI Nairobi). Situés aux périphéries est et nord de la capitale kenyane, les deux territoires partagent des défis structurels similaires : forte densité de population, insécurité foncière, gestion déficiente des déchets, manque chronique d'infrastructures publiques de base et d'espaces de rassemblement sécurisés.
Mise en œuvre en partenariat avec Kounkuey Design Initiative(KDI), la Pépinière urbaine de Nairobi a privilégié des aménagements modulaires et flexibles : conteneurs maritimes réaménagés, assises légères, aires de jeux ou encore blocs sanitaires. Les installations, modulables, permettent d'offrir immédiatement des services essentiels, d'installer de petits commerces locaux et de tester des modèles de gestion collective, tout en préservant la souplesse du foncier pour l'avenir.
Les habitant·es ont été et sont au cœur de cette transformation. Grâce à un processus de co-conception participative, les riverain·es ont identifié les espaces délaissés et travaillé directement avec le pépiniériste opérateur pour les transformer.

Parmi les figures clés de ces changements sur le terrain figurent Denis, membre impliqué dès le départ dans le groupe communautaire de Kayole Soweto, et Gibson, président de l'organisation communautaire (CBO) qui gère aujourd'hui le site de Kahawa Soweto et son entretien au quotidien. Il y a encore quelques années, le site de Kayole Soweto présentait un tout autre visage.
« Avant le projet, cet endroit était une décharge. Il y avait deux zones où les déchets étaient jetés en permanence. » se souvient Denis.

Lorsque l'opportunité de participer au programme de la Pépinière urbaine s'est présentée, les habitant·es se sont rassemblé·es pour imaginer la transformation du lieu. Les groupes communautaires de Kahawa Soweto ont été invités à repérer des espaces publics inutilisés et à soumettre des propositions pour les convertir en équipements collectifs. Denis et son groupe ont fait partie des lauréats.
« Au départ, nous avions proposé un projet de recyclage. Mais pendant les ateliers avec les riverain·es, nous avons réalisé que leurs priorités étaient différentes. Les gens nous ont dit que leur besoin le plus urgent était l'accès à l'eau potable et à l'assainissement.» explique Denis.

Grâce au processus de conception participative animé par KDI, le projet a évolué progressivement. Les habitant·es ont pris part aux ateliers pour définir les fonctions du futur espace, garantissant ainsi un aménagement final fidèle aux besoins réels du quartier.
Aujourd'hui, le site abrite des équipements sanitaires, des points d'accès à l'eau, de petits commerces, des espaces de repos et un terrain de jeux pour les enfants.
Pour Gibson, la transformation du site de Kayole Soweto est également saisissante.
« Si l'on compare le site d'aujourd'hui avec ce qu'il était avant l'arrivée de la Pépinière urbaine, c'est le jour et la nuit. Désormais, les familles viennent s'y détendre, les enfants ont un endroit où jouer et la population peut accéder à des services essentiels. » Gibson
Le projet a également généré des opportunités économiques. Les équipements, qui incluent des services de blanchisserie et des sanitaires, dégagent de petits revenus qui aident à financer l'entretien des lieux.
« Les recettes servent à entretenir le site », explique Gibson.

« L'objectif n'est pas seulement commercial : il s'agit d'offrir des services à la communauté et de veiller à ce que l'endroit reste propre et animé. » Gibson
Au-delà des améliorations physiques, les riverain·es soulignent que le projet a changé leur rapport au quartier et leurs liens sociaux.
« Avant, les gens ne se sentaient pas responsables du lieu », précise Denis. « Maintenant, ils comprennent que cet endroit appartient à la communauté. On vient s'y retrouver, organiser des activités ou simplement se détendre. »
Le site accueille désormais des réunions, des événements communautaires et des rassemblements, s'imposant comme un pôle social majeur du quartier.
Pour Gibson comme pour Denis, cette expérience met en lumière l'importance cruciale de la participation citoyenne dans le développement urbain. « Beaucoup de projets sont financés par des bailleurs sans vraiment impliquer la population », analyse Denis. « Ici, nous avons tout conçu ensemble. »
Tournés vers l'avenir, les habitant·es espèrent voir l'initiative faire des émules. « Nous aimerions voir des projets similaires se déployer dans d'autres quartiers de Nairobi et à travers tout le Kenya », conclut Gibson. « Écouter la communauté, c'est la clé. »
La co-conception des espaces et des équipements avec les usager·es est le cœur même de la démarche des Pépinières urbaines. En travaillant avec les habitant·es pour identifier les besoins réels et des solutions pratiques, les aménagements finaux s'adaptent parfaitement aux réalités locales, garantissant une meilleure appropriation. Pour en savoir plus sur les Pépinières urbaines, rendez-vous sur : https://pepinieres-urbaines.org/