240604_gestion_Kofisi  ©Virginie

Clôture de la Semaine des Pépinières urbaines

La session de clôture de la Semaine des Pépinières Urbaines a fait intervenir deux chercheures : Ninon Ndongo Fandre et Ayanda Roji. Leur interventions ont permis de revenir sur l’évolution des Pépinières, mais aussi de soulever des enjeux cruciaux pour l'avenir des initiatives.

Ninon Ndongo Fandre est étudiante en master à l’Université de Genève et rédige son mémoire de fin d’études sur les Pépinières urbaines.

Ayanda Roji est coordinatrice du réseau Center on African public spaces (CAPS), une plateforme d’échanges de connaissances sur l’espaces public entre professionnel·les urbains africains, défenseur·es de l’espace public, universitaires, militant·es et groupes communautaires, née en 2018 suite au sommet Africités.

Regards croisés et défis à venir

« Les espaces publics et autres équipements sociaux sont essentiels pas seulement parce qu’ils construisent des bâtiments, mais aussi parce qu’ils contribuent à renforcer les communautés (au sens de la cohésion et les organisations sociales). » Ayanda Roji, CAPS

  • Ninon Ndongo Fandre a souligné un virage important dans la nature des infrastructures créées par les Pépinières urbaines. Alors qu’elles étaient initialement perçues comme temporaires, leur caractère permanent questionne désormais leur relation aux grands projets urbains. Elle a aussi insisté sur la nécessité de préserver l’identité transformatrice des Pépinières urbaines sur l’enjeu et les problématiques liées foncier, tout en saluant la créativité des Pépinières urbaines dans la recherche de solutions.

  • Ayanda Roji a, quant à elle, rappelé l'importance des espaces publics en tant que piliers de cohésion sociale et de résilience urbaine, souvent sous-estimés par les décideurs politiques. Elle appelle à un engagement plus fort des institutions, notamment de l'AFD, pour défendre et promouvoir ces espaces, véritables vecteurs d’inclusion et de justice sociale.

“Les Pépinières urbaines sont un mouvement, une révolution. Je rentrerai chez moi avec le sentiment d’être un pépiniériste révolutionnaire. » Hamid Gbawuru Marah, Mercy Corps, Monrovia

Entre innovation, autonomie et complémentarité avec les grands projets

Le débat qui a suivi l'intervention des deux chercheures a mis en lumière la richesse des pratiques des Pépinières urbaines, notamment dans la participation citoyenne, la gestion partagée des équipements, et leur capacité à expérimenter des solutions innovantes malgré les contraintes. Les intervenant·es ont aussi mis l'accent sur la complémentarité des Pépinières urbaines avec les grands projets urbains, tout en défendant leur autonomie nécessaire pour garantir leur potentiel d'innovation.

Enfin, la session de clôture a révélé des attentes fortes en matière d'échanges d'expériences, de diffusion d’outils et de formations, ainsi qu'une demande croissante pour des expertises et des guides pratiques sur la gestion des espaces publics.

Des laboratoires pour la transformation des villes

Plusieurs caractéristiques clés des Pépinières Urbaines sont ressorties à l'issue de l'échange.

  • Leur expertise en matière de participation citoyenne, à travers des démarches et des outils spécifiques, mériterait d’être davantage diffusée via des réseaux comme CAPS ou des formations à destination des élu·es et technicien·nes locaux.
  • En matière d’infrastructures, les PU expérimentent des modalités de gestion, d’entretien et de maintenance de nouveaux équipements publics, qu’ils soient sportifs, culturels ou autres; elles s'appuient sur une gouvernance partagée entre la société civile et les acteurs publics, et soutiennent l’entrepreneuriat solidaire et social.
  • Les Pépinières urbaines participent également à la dynamisation d’espaces urbains délaissés, renforçant ainsi la capacité des pouvoirs publics à agir positivement.
  • Leurs projets se distinguent par une volonté de transformation des pratiques urbaines et par leur complémentarité avec les grands projets urbains, en testant des solutions qui pourraient être intégrées à une plus grande échelle. Néanmoins, leur autonomie est cruciale pour préserver un espace d’expérimentation, permettant la prise de risque et l’erreur, essentiels à l’innovation.
  • Enfin, leur caractère frugal, créatif et flexible leur permet de trouver des solutions adaptées à des contextes très contraints, mais les rend aussi plus fragiles.