« Aujourd’hui, c’est un espace pour toutes et tous »
Au cœur du quartier d’Andraiosoro, un terrain de basket peu aménagé et principalement occupé par des hommes a été transformé dans le cadre du programme des Pépinières urbaines. Avant les travaux, le lieu était peu accueillant. Grâce à une démarche associant étroitement les habitant·es et en particulier les femmes, il est devenu un espace public structuré et inclusif. Une transformation qui a profondément modifié les usages - et notamment la place des femmes dans cet espace.
Pour comprendre les clés de cette transformation, deux figures du quartier partagent leur expérience du projet : Léa Vololonirina RANOROHANTA, leader au sein de l’Association des femmes de l'Église Assemblée de Dieu (ADD), et Narintra RAKOTOSOLO, responsable de la section féminine de l’association sportive de basket AT2B (Andraisoro Tia BasketBall). Toutes deux reviennent sur la façon dont elles ont été impliquées dans le projet de la PUA et comment les riveraines se sont réapproprié ce terrain pour en faire un lieu de vie mixte, dynamique et fédérateur.

« Il n’y avait pas d’ombre, tout était désordonné et en mauvais état. Seuls les hommes s’y rendaient et jouaient. C’était intimidant. Je ne savais même pas que je pouvais utiliser ce site en tant que femme. »
Se souvient Léa, leader de l’association des femmes de l’église ADD. Même constat pour Narindra, responsable d’une association sportive de basket :
« Il n’y avait aucune activité pour nous. Pas d’assises, pas d’ombre. On n’osait pas venir car il y avait beaucoup d’hommes sur le terrain. »

Une co-conception inclusive et une gestion durable
Le site est aujourd’hui animé par un comité de gestion communautaire composé de l’association AT2B, de représentant·es du fokontany (quartier) et de la Commune urbaine d’Antananarivo.
Narindra, membre d’AT2B - acteur historique du site - a été intégrée au projet en tant que point focal et assure aujourd’hui la responsabilité du lieu. Léa, identifiée parmi les actrices engagées du quartier, a quant à elle rejoint la dynamique à travers un appel à projets d’animation, dont son association a été lauréate. Toutes les deux ont été sollicitées dès le lancement du projet par les équipes du GRET, le pépiniériste, pour participer aux ateliers de coconception.

« Nous avons été impliquées dès le début, au moment de penser le lieu. Notre demande principale était de rendre l’endroit plus familial, avec des espaces pour s’asseoir, notamment pour les femmes âgées. Nous nous sommes senties écoutées. » explique Léa.

Narindra, également membre du comité de gestion communautaire, souligne l’importance de certaines améliorations concrètes :
« L’installation d’un porte-ballon a permis de limiter les conflits avec les commerces autour du terrain. Avant, les ballons sortaient sans cesse et cela créait des tensions. »
Un espace vivant et partagé
Aujourd’hui, le site est structuré autour d’un programme d’activités géré par le comité.
Désormais équipé d’assises polyvalentes ombragées, intégrant des jeux de société malgaches gravés dans le béton, le site est devenu un espace vivant et partagé, dont les usages - et notamment la fréquentation du lieu par des femmes - ont profondément évolué.
Basket, football, volley, Katro et Fanorona (jeux traditionnels malgaches), foires et animations : le lieu est devenu un espace vivant, fréquenté par des femmes adultes, des jeunes filles, des enfants et même des femmes âgées.

« Je me sens apaisée ici », confie Narintra. « C’est un endroit reposant. »
« Tout est désormais harmonieux et organisé », ajoute Léa. « On est sereines sur ce site.»
Les deux femmes y viennent régulièrement : Léa pour les animations associatives, Narintra presque quotidiennement pour entraîner les jeunes basketteur·ses et assurer le suivi du site. Si une amélioration reste souhaitée, elle est partagée : l’installation de sanitaires et d’un point d’eau pour renforcer le confort et l’hygiène, notamment après les activités sportives. À Andraiosoro, l’aménagement n’a pas seulement transformé un terrain : il a ouvert un espace public aux femmes, en leur donnant voix au chapitre dès sa conception.