Un an après la clôture de la Pépinière urbaine d'Abidjan : l'équipe du programme d'animation retourne sur les sites
En avril, une mission de bilan et de capitalisation s'est déroulée à Abidjan, un an après la clôture de la Pépinière urbaine. Le groupement d’animation est retourné sur les sites pour évaluer les usages, la pérennité des aménagements et le fonctionnement des comités de gestion (CoGes) mis en place.
Cette semaine d'exploration a été précieuse pour comprendre les conditions de réussite d'une gestion durable des équipements et les impacts à long terme des Pépinières urbaines.
Commune d’Abobo, Quartier PK18
La commune d’Abobo est l’une des plus étendues spatialement et la plus peuplée du district d’Abidjan, constituée de divers quartiers issus de lotissements formels et informels successifs. PK18, le quartier d’intervention de la Pépinière Urbaine d’Abidjan (PUA), a subi une opération de restructuration en raison de sa précarité, entraînant une densification de l’occupation spatiale et une rareté des espaces pour les équipements et usages communautaires. La PUA a pris en compte ces défis pour améliorer les infrastructures existantes, notamment en aménageant un terrain sportif et des espaces de détente au sein de l'école BAD.

- Usages actuels
Les aménagements dans le quartier PK18, comprenant un préau, des bancs et un terrain de football, sont pleinement utilisés par les enfants de l'école pendant les récréations et après les cours. Le préau offre un abri contre le soleil et la pluie, les bancs permettent de s'asseoir pour manger ou faire ses devoirs, et le terrain de football est un lieu de jeu central. Ces installations encouragent les enfants à rester à l'école et évitent qu'ils ne se dispersent à l'extérieur.
En dehors des heures scolaires, les associations locales, notamment sportives, utilisent ces espaces. Le terrain de football est très prisé pour les entraînements en soirée et les week-ends. Les habitant·es du quartier profitent également des installations pour organiser diverses cérémonies telles que les mariages et les baptêmes, après en avoir fait la demande auprès du directeur de l'école.
- Gestion des aménagements
Le comité de gestion (CoGes) de l'école, dirigé par le directeur et incluant des chefs coutumiers et des représentants des populations locales, assure la maintenance et l'accès aux installations. Un gardien est présent 24h/24 pour surveiller les lieux et veiller au respect des règles d'usage. Bien que le terrain de football ait subi quelques dégradations mineures, telles que l'ensablement et un poteau de cage de foot arraché, l'école dispose des ressources nécessaires pour effectuer les réparations.
- Retours de la MOA locale
La municipalité est satisfaite des aménagements réalisés. Moussa Koné, Directeur du service technique de la mairie et point focal du projet PAQRA, a visité le terrain sportif et a été inspiré pour reproduire ce type d'infrastructure dans d'autres quartiers. Un budget de 30 millions FCFA par terrain a été alloué pour ces projets futurs. La Pépinière urbaine a démontré l'importance de l'implication communautaire dès le début des projets pour assurer leur pérennité et répondre aux besoins des habitant·es.
Commune de Yopougon, Quartier GESCO
La commune de Yopougon, la plus grande et la plus peuplée du district d’Abidjan, abrite le quartier de GESCO. Créé initialement pour loger le personnel du chantier de l'autoroute nord, GESCO est devenu un quartier précaire avec une population majoritairement immigrée et sans infrastructures adéquates. Dans le cadre du PAQRA, l'Etat a entrepris de restructurer GESCO. La PUA a choisi d'intervenir sur le "terrain Calcio", une aire de jeux publique, pour en faire une opération pilote, malgré des difficultés de délimitation spatiale résolues grâce à la concertation entre la commune, la chefferie et une paroisse locale.

- Usages actuels
Le terrain Calcio dans le quartier GESCO de Yopougon est devenu un espace vital pour la communauté locale. Il est utilisé quotidiennement pour des activités sportives telles que le football, le fitness, le roller et le taekwondo. Bien que les activités sportives soient principalement masculines, des femmes participent aussi activement, notamment aux cours de fitness le samedi. Le terrain est également un lieu de rassemblement pour diverses cérémonies (mariages, baptêmes et funérailles).
- Gestion des aménagements
La gestion du site est assurée par un comité de gestion (CoGes) créé par la Direction des services socio-culturels. Le président du CoGes est élu par les associations locales de jeunesse et de femmes. Le CoGes, dont le mandat est de deux ans, ne demande pas de contribution financière pour les activités sportives, mais perçoit des frais symboliques pour l'organisation de cérémonies. Un calendrier fixe régule l'utilisation du terrain, et des amendes sont appliquées en cas de non-respect des règles. Les fonds collectés sont utilisés pour l'entretien et les petites réparations du site.
- Retours de la MOA locale
Amon Kouassi Aimé, sous-directeur des projets d’infrastructures de la mairie de Yopougon, a exprimé sa satisfaction quant à l'appropriation du terrain par la communauté. Contrairement à d'autres projets où l'implication des habitant·es était moindre, la Pépinière urbaine a montré que l'engagement communautaire est essentiel pour la durabilité et le succès des infrastructures locales.
Commune de Koumassi, Quartier de Divo
Le quartier Divo, situé dans la commune presque insulaire de Koumassi, est l’un des sites d’intervention de la PUA. Anciennement zone inondable, Divo a vu ses bas-fonds progressivement asséchés pour permettre l'habitation. La PUA a décidé d'intervenir sur une partie du foncier administratif destiné à accueillir une école primaire et un commissariat, en construisant une plateforme multisports. Malgré les tensions initiales avec les autorités communales concernant les standards d’aménagement, un compromis a été trouvé pour mener à bien les projets avec une implication active de la commune.

- Usages actuels
Dans le quartier de Divo, le terrain aménagé est utilisé quotidiennement pour le football, le fitness et l'organisation de cérémonies. Les activités sportives sont bien structurées avec des créneaux réservés pour les équipes locales. Les femmes et les jeunes filles bénéficient également de créneaux spécifiques pour leurs activités. L'aménagement du terrain a permis de réhabiliter un espace autrefois utilisé pour des activités illicites, centralisant ainsi les usages dans un cadre sécurisé.
- Gestion des aménagements
La gestion initiale du terrain a connu quelques conflits, mais la situation s'est stabilisée avec la nomination d'un habitant pour réguler l'accès et gérer les potentiels conflits d'usage. Le CoGes et ce gardien assurent la maintenance du terrain, avec des fonds provenant de dons et de contributions symboliques pour l'utilisation par des personnes extérieures au quartier. Des réparations régulières sont effectuées pour maintenir le terrain en bon état.
- Retours de la MOA locale
La mairie de Koumassi soutient les initiatives de gestion communautaire et a confirmé que le terrain ne sera pas affecté par le projet d'aménagement du canal, malgré certaines incertitudes. La Pépinière urbaine a démontré l'importance d'une gestion locale efficace et de l'implication communautaire pour assurer la durabilité des aménagements.
Commune de Koumassi, Quartier d’Aklomiabla
Comme Divo, le quartier d’Aklomiabla est enclavé près de la lagune d’Abidjan, mais son remblai a été régulier et approuvé par les autorités publiques. Le développement rapide du quartier a provoqué une forte pression foncière, laissant peu de terrain disponible pour de nouveaux aménagements. La PUA, en concertation avec les autorités locales, a finalement aménagé un terrain de pétanque sur le parvis de la maison des jeunes, répondant ainsi à la demande de la communauté locale tout en respectant les contraintes foncières existantes.

- Usages actuels
Le terrain dans le quartier d’Aklomiabla est principalement utilisé pour le football, avec une utilisation moindre pour la pétanque. Les jeunes occupent le terrain après l'école et les week-ends pour des activités sportives. L'aménagement du site a également favorisé la création d'un maquis à proximité, servant de lieu de réunion convivial pour la jeunesse.
- Gestion des aménagements
Le site a connu des dégradations dues à des tensions entre les utilisateur·rices et à une gestion initiale conflictuelle. Le CoGes, composé de membres de la communauté, a pris des mesures pour réguler l'accès et assurer la maintenance du terrain. Un cadenas a été installé pour sécuriser l'accès, et un habitant·e respecté du quartier a été désigné pour gérer le site quotidiennement. Les réparations et l'entretien sont financés par des dons locaux et des contributions symboliques pour l'utilisation par des personnes extérieures au quartier.
- Retours de la MOA locale
La mairie a assuré que l'aménagement ne sera pas détruit malgré les projets de la Banque mondiale. La gestion locale a montré l'importance de la transparence et de la communication pour assurer la pérennité des infrastructures. La Pépinière urbaine a démontré comment une gestion communautaire efficace peut transformer un espace en un lieu de rassemblement sûr et fonctionnel pour les habitant·es.